Marcel Dinahet

Aujourdhui dans le monde de lart, on se pose de plus en plus de questions par rapport a lenseignement. Les institutions cherchent les meilleurs moyens doffrir une formation moderne de lart aux futurs artistes, commissaires, critiques, etc. Dautre part, avec laccord de Bologne et lharmonisation des cursus en Europe, les ecoles sont obligees de trouver une forme denseignement coherente entre elles.

Vous, Marcel Dinahet, que pensez-vous du systeme educatif des ecoles des Beaux-arts ; pensez-vous, au vu de vos experiences a letranger, quil y ait des changements a apporter ?
Je pense quil y en a beaucoup de changements a apporter, dans la mesure ou le systeme des Beaux-arts actuel repose sur une reforme qui date. Donc je pense quil faudrait peut-etre penser a renouveler ce systeme educatif, qui peut paraitre assez desuet.

Et en quoi est-il desuet ?
En fait il nest pas suffisamment non, je ne veux pas critiquer les Beaux-arts, parce quil y a eu de gros efforts de fait par rapport a ce que cetait auparavant, mais ca reste relativement traditionnel dans lensemble. Les ecoles anglaises, si on veut prendre leur exemple, sont inscrites dans le cursus universitaire, et sont donc inscrites dans un systeme tres ouvert. Les ecoles ici en France sont relativement autonomes, elles ne font pas partie du ministere de lEducation. En meme temps cest le seul endroit relativement ouvert dans le domaine educatif. Mais par contre, je trouve que , cest pas que cest moins bien, mais les arts plastiques devenant de plus en plus exigeants, la formation quoffrent le systeme des Beaux-arts nest plus suffisante. Par exemple les premiere annees ont un cursus qui est tout a fait traditionnel, avec des cours de gravure, de peinture, bien sur ils ont besoin de ces approches relativement classiques, mais je trouve quil nont pas suffisamment, dentree de jeu, relations avec ce que sont reellement les arts plastiques. Ils ont un cursus par rapport a lhistoire de lart, mais qui devrait etre aussi accompagne de beaucoup plus dinformations sur la scene artistique et sur la scene artistique et ce que cest que detre artiste a notre epoque. Je trouve quils sont relativement coupes, en premiere annee, de ce que sont reellement les pratiques artistiques. Ils nont pas suffisamment de contacts avec les professionnels. Ca vient pas necessairement dun manque de lecole, mais dun manque dinteret de leur part : a lecole on recoit frequemment des conferenciers, il y a beaucoup de gens qui passent, mais ils ne sont pas suffisamment motives pour apprehender les choses. Je trouve quau niveau de lapproche des arts plastiques en general, il y a des choses qui manquent, et surtout dans le rapport au milieu de lart.
Au niveau des cours, on va dire au depart, en premiere annee, il y a des choses basiques a acquerir (le dessin, les choses traditionnelles) : cest important au niveau de la perception des choses. Mais il faudrait developper le reste, cest-a-dire la relation avec le milieu dans lequel ils vont etre. Je pense quils pourraient avoir des cours theoriques sur lart contemporain beaucoup plus pousses, des la premiere annee.

A lecole la formation technique est assez subsidiaire : cest souvent aux etudiants dapprendre par eux-meme a maitriser loutil, voire entre eux, notamment grace a la presence des moniteurs, qui sont des etudiants de quatrieme ou cinquieme annee, qui sont responsables dun atelier et qui transmettent leur savoir-faire. Pensez-vous quun systeme qui offre une telle liberte est judicieux ? Car dun autre cote, certains etudiants niront jamais vers la gravure, par exemple, sachant quil ny a pas de formation.
Ce quil y a cest quon vous demande daller tres vite. Or les formations techniques sont tres longues a acquerir. Par exemple dans les ecoles anglaises, on a des ateliers techniques, avec des specialistes qui sont vraiment tres professionnels dans la technique qui est employee. Mais cest aussi une question de moyens.

Mais il faudrait faire des choix : on peut pas tout apprendre
Surtout que les techniques se sont diversifiees : un etudiant peut par exemple avoir besoin de faire un programme pour faire une machine qui va declencher un systeme, grace a des capteurs, donc il aura besoin dutiliser lelectronique dans un champ precis. Pour faire ce travail, il faut deja avoir un acquis technique important. Le lendemain, il aura besoin dune autre technique pour faire autre chose. Cest surtout la methode dapproche qui est importante, plus que la technique, car il va devoir acquerir des techniques tres diverses. La methode, il se la construit lui-meme. Les techniques sont tellement diversifiees aujourdhui quune ecole ne peut former tout le monde a chacune dentre elle. Mais elle peut faire le minimum. Vous utilisez beaucoup les appareils photo, souvent vous utilisez des appareils video, tout est automatique ; vous ne savez pas vous en servir, or ce sont des reglages simples a apprendre : comment un champ est ouvert, comment fonctionne une optique, il y a des elements basiques a savoir quant a lutilisation du materiel.
Ca on lapprend beaucoup tout seul : par lexperimentation, la pratique.

Jai limpression que lenseignement des ecoles des Beaux-arts est tres basee sur ca : beaucoup de pratique, peut-etre au detriment des cours theoriques.
Cest la methode dapproche. En ce qui me concerne, dans mon cursus, jai aborde des techniques multiples. Je ne pouvais prevoir deux ans a lavance quels outils jallais employer. Mon travail se deplace, aussi. Le fait de se rendre autonome dans lacquisition des techniques est donc interessant. Lattitude de lecole est donc bonne.

Dans les ecoles, on apprend beaucoup entre etudiants.
Jespere que le debat theorique est important.

Ensuite, au cours du premier et du deuxieme cycle, vous pensez quil y a suffisamment de cours dart contemporain, ou quil faudrait quon en rajoute ?
Je pense que sur lactualite de lart, il ny a pas assez de cours. Ca permettrait aussi plus de souplesse de la part des etudiants.

Et comment on pourrait proposer ces cours ? Par des discussions ?...
Par des discussions, par plus de On y pense, on essaie dorganiser des ateliers, des ARC (Atelier de Recherche et de Creation), qui soient plus pointus, ou on voit les choses plus en profondeur, dans la duree, avec des intervenants qui soient vraiment des professionnels. Parce que dans les ecoles, il y a des professionnels de lart, mais il y a aussi beaucoup damateurs. Je suis parfois tres choque de lamateurisme present dans les ecoles. Cest-a-dire, quand on fait des accrochages par exemple, le fait de montrer son travail est fait de maniere tres peu professionnelle. Lidee de montrer son travail nest pas travaillee, en fait. Il y a des choses qui ne sont pas assez rigoureuses. La rigueur, telle quon veut la placer, est deplacee, je trouve.

En resume, une ecole doit concilier des apports techniques et des reflexions contemporaines afin de soutenir un regard plus ouvert?
Un regard plus precis cest pour ca que le dessin est important. Mais les approches techniques cest juste pour avoir des methodes de travail. Mais les techniques sont multiples. On peut aussi les aborder a travers des interrogations qui ne sont pas seulement techniques.

Vous pensez quil est important detre tres precis ?
Je pense quil faut etre precis quelques fois. Mais la, on na pas les moyens, pas le temps.

Je voulais vous demander votre avis par rapport a luniversite, ou il y a beaucoup plus de cours theoriques et moins dateliers, despaces ou les etudiants peuvent pratiquer. Estimez-vous ce systeme denseignement valable ?
Cest interessant dobserver ce qui se passe a luniversite, car bien sur, ils ont des cours theoriques, mais de plus en plus ils font intervenir des artistes. Ils se sont rendu compte combien les relations avec le milieu artistique peuvent apporter a la formation des universitaires dans le champ des arts plastiques. Ca va donc ressembler dans quelques annees a ce quest lecole des Beaux-arts. Peut-etre pas avec la meme autonomie, mais ils essaient de trouver un lien avec le monde de lart, notamment en invitant de plus en plus dartistes.

Luniversite, si on veut resumer, forme des professionnels du monde de lart evoluant autour de la pratique (commissaires dexposition, critiques, mediateurs,), tandis qua lecole, ce sont vraiment des plasticiens, des creatifs qui sortent du cursus.
Oui, mais cela nempeche pas des artistes davoir recu une formation universitaire, souvent completee dailleurs par un passage aux Beaux-arts.
Lenseignement des Beaux-arts est assez privilegie

Par contre, en Angleterre, les etudiants ont un rapport plus pousse avec le travail a lexterieur, le travail de lenseignant : quelques fois ils sont assistants, ils participent a des projets avec eux, alors quici en France, cest tres separe.

Cest-a-dire on laisse peu de chances aux etudiants de se professionnaliser ?
Je vois pour ce concerne les Anglais que je connais, souvent ils ont eu des etudiants avec eux, qui les ont aide dans des projets, parfois assez importants. En France, on na pas cette attitude-la : on fait tres peu appel aux etudiants, on ne se melange pas. Cest lecole qui veut ca : on separe lactivite de professeur de celle dartiste.

Vous pensez quon devrait resorber cette difference ?
Oui, mais je ne sais pas comment faire.

Lenseignement dans les ecoles anglaises, que je connais le mieux, ressemble au cursus tel quil est actuellement dans les ecoles dart en France. Mais les ecoles dart en France nont pas les memes moyens, au niveau des intervenants, le soutien du ministere de la Culture nest pas aussi consequent. Cest une question de moyens, aussi : si on na pas les moyens davoir des enseignants qui sont vraiment professionnels, de recruter, de faire venir des intervenants, on ne peut pas faire autant de choses. Je veux pas dire que cest le cas ici, mais il y a une difference de niveaux.

Cest-a-dire ces moyens dont vous parlez sont des moyens materiels ? Mais les professeurs existent, en France ? On peut trouver de bons intervenants ?
Ce sont des artistes en fait.

Et il y sont suffisamment nombreux ?
Oui, bien sur.

Donc on pourrait rajouter des disciplines plus theoriques, a lecole
Je trouve quil pourrait y avait une autre maniere de voir les choses. Une ecole dart, cest un tout : ce sont les etudiants qui apportent autant de questionnement que les profs. Ca apporte un debat, globalement. A mon avis, tout cela simbrique. Cest la facon dont cest imbrique globalement qui fait que les choses marchent ou ne marchent pas. Et donc cest aussi une question detat desprit general. La on a eu tendance a sisoler, justement, parce quil y a eu des conflits. Mais le projet peut etre global.

Et ces conflits, quels sont-ils exactement ?
Ce ne sont pas des gros conflits. Ce sont des choses liees a la forme. Par exemple moi je privilegie lactivite. Lactivite et la reflexion qua un etudiant ne doivent pas obligatoirement deboucher sur des formulations plastiques qui soient reussies, mais ce qui est important, selon moi, cest que les choses se mettent dans un etat de recherche et de reflexion, plutot que de preferer des realisations permanentes sans aucune reflexion. Je choisi meme la chose qui nest pas reussie, du moment quelle temoigne de cette reflexion. A cote de cela, il y a dautres professeurs qui sont plus attaches a la forme. Cest la que peut se passer le conflit entre les partisans de la forme et ceux qui sinteressent a une vision plus proche de la recherche, dun investissement qui nest pas directement visible, formule.

Avez-vous limpression que les etats desprit changent, que les gens sont plus sensibles a votre point de vue, ou que cet academisme est tres present ?
Cest par periode. En ce moment, je trouve quon traverse une periode affreuse . Bon, jexagere un peu, et cest de courte duree, mais il y a eu un retour, un repli sur soi. Cest dommage. Cest dommage aussi que les etudiants de quatrieme-cinquieme annee soient replies sur lecole pour montrer leur travail. Ils nont pas fait leffort de creer des relais, des reseaux a lexterieur. Cest nous aussi qui sommes responsables de cela. On doit preparer les etudiants a gerer les choses en dehors, des la quatrieme annee.

Quand on voit les etudiants, par exemple il font une expo : cest un truc assez anecdotique, ils font une exposition dans lecole. Pour moi, ca prouve quelque part que les etudiants ne sont pas autonomes. Je pense quil y a quelques annees, ils pouvaient faire des choses, organiser des choses, en etant autonomes, en dehors de lecole, tout en etant dans lecole. Et je trouve que ca faisait des passerelles qui pouvaient leur permettre detre un peu autonomes, apres, a la sortie. Alors que la, voir des etudiants de quatrieme et cinquieme annee faire une exposition dans lecole - bien sur, cest interessant, mais - cest insuffisant, et meme grave. Pourtant on va pas critiquer ouvertement, mais moi ca me pose probleme.

Et il y a quelques annees, vous pensez que ces passerelles etaient plus faciles a creer, quil y avait plus dechanges entre lexterieur et linterieur de lecole ?
Je ne veux pas regretter les annees passees : on est dans une chose differente, mais ce quil y a, cest que vu les difficultes quil y a globalement, cest-a-dire linquietude quil y a, je pense que lecole sest un petit peu refermee sur elle-meme.

Cest etonnant : jai des relations avec les anciens etudiants de Ron Hazelden parce quils ont une certaine mobilite. Ils etaient venus a lecole il y a sept-huit ans pendant une quinzaine de jours, sans faire ca officiellement, a la suite de quoi des etudiants rennais sont partis en echange la-bas. Depuis, ces etudiants qui sont devenus des artistes, organisent des choses ensemble, en Angleterre et en France. Quelque chose dinteressant sest donc cree a partir de ca.

En fait ce que je trouve dommage, cest que la structure te controle et donc te limite. Les modes de controles sont completement desuets. Ca fonctionne tres mal, et ca cree des tensions. Cest depasse. Le prof est artiste, mais pas na pas son autonomie. Il a a sadapter a la machine. Cest inadapte. Mais cest pas pour ca que je suis pessimiste.

Cette periode de repli sur soi a ete propre a lecole, ou la France ?
Ce sont des periodes, il y a des cycles, comme ca. Je me fais pas trop de soucis.

Vous expliquez cela comment ?
Globalement cest le climat social, economique. Mais par contre, ce que jai percu en Russie, cest quil y a des ouvertures qui soperent, une grande energie qui se developpe.

Pensez-vous que la semi-autonomie de chaque ecole qui prevaut a lheure actuelle pourrait sattenuer dans les annees a venir, ou au contraire pourront-elles garder cette liberte de recrutement des professeurs, ?
Oui, je pense que ca restera assez autonome. Esperons que ca puisse se conserver : cest important.

Meme en France, il y a une certaine disparite dans la politique des ecoles des beaux-arts. On est plus ou moins independants
Je pense que grace a la reforme quil y a eu dans les annees 80, on a permis aux etudiants dacceder a nombres de formations qui jusque-la etaient relativement cadrees. Ca a ete tres benefique. Mais aujourdhui on se trouve au bout de quelque chose.

Quelle etait cette reforme exactement ?
On a change notamment le mode de recrutement : on a recrute beaucoup dartistes. De meme, les enseignements ont change au niveau du contenu. Par exemple il y a eu la disparition des ateliers : avant dans les ecoles, il y avait des ateliers (atelier de gravure, atelier de peinture, atelier de sculpture,) avec un enseignant qui gerait tout ca : on est dans latelier dUntel. Alors qua present les professeurs nont pas de lieu reserve, par exemple moi dans lecole, je nai pas datelier, jai juste un casier dans la salle des profs, et encore, qui est ouvert. Non, jai rien qui mappartient. Ca cree un comportement tres different. Je suis comme un nomade dans lecole. Cest a moi de morganiser.

Cest beaucoup plus souple, plus adapte a chaque etudiant.
On na pas de territoire. Et donc letudiant est beaucoup plus autonome : lui a son territoire a lecole, mais nous on nen a pas. Alors quavant cetait le prof qui avait son atelier. Cest interessant. Mais ce quil y a, cest que les etudiants ne sont la que lorsquon organise quelque chose avec eux. Ils ne sont pas necessairement dans lecole, maintenant, dans leur atelier, dans lespace qui leur est dedie parce que de toute facon ils nont rien a y faire. Certains nont rien a faire dun atelier avec une table et une etagere. Mais par contre cest interessant pour eux davoir un endroit ou ils peuvent se regrouper, discuter, faire des projets ; a lAnnexe, il le font, je trouve que ca marche pas mal. A lecole, on voit bien quau-dela de la troisieme annee, les ateliers sont vides. A part pour ceux qui font de la peinture, qui ont besoin dun espace avec des chassis, du materiel de peinture, et des choses a realiser sur place. Mais les etudiants qui travaillent la photo, la video, ou qui font des actions a lexterieur, viennent par intermittence a lecole essentiellement lorsquil y a des projets avec les profs, ou des projets avec les ateliers de recherche.

Donc les etudiants, tres presents a lecole jusqua la troisieme annee, ou lon dispense un enseignement tres scolaire, utilisent ensuite lecole comme un point de rassemblement. Quest-ce que lecole peut apporter dautre ?
Si on organise un atelier, comme celui que janime sur le theme du deplacement, les etudiants sont la. Avec eux, on discute des sujets, qui portent essentiellement sur le deplacement des activites artistiques dans un espace autre que celui des structures traditionnelles (galeries, musees,). On propose des projets quon etudie ensemble. On voit les choses sur place. Il y a tout un debat qui se construit. Des que cest organise, ca se passe bien. Mais il faut aussi avoir les moyens, des espaces et des moyens. Et du temps : lorsque jai organise le deplacement en Russie, par exemple, jai pris du temps, en juillet ; je netais pas a lecole mais je moccupais de cela. Donc les ateliers fonctionnent, mais justement, nous allons revoir ca, la maniere dont on travaille en quatrieme et cinquieme annee. En quatrieme annee, certains, comme toi sont partis en ERASMUS, en sejour a letranger, dans une autre ecole, une autre structure, voir se qui se passe ailleurs. Et ca cest bien, je trouve.

Oui, parce que grace a cela, les etudiants peuvent apprendre les methodes de fonctionnement qui ont lieu a letranger
Le fait daller a letranger te permet de tester ton autonomie. De voir aussi comment tu peux avoir des rapports avec les autres, et puis construire des rapports, construire quelque chose dune maniere relativement rapide, avec des gens qui sont concernes par ton attitude et ton travail. Et donc cette une forme dechange, quun artiste doit avoir, cest-a-dire cette aptitude a echanger, a travailler, dans des situations qui ne sont pas necessairement confortables, est importante.

Le but de lecole, apres la quatrieme annee, cest donc daider les etudiants a sortir de lecole.
Je crois. Et je pense quelle ne le fait pas actuellement, pas suffisamment. Enfin, on essaye de le faire, je vais pas etre trop radical, quand meme, mais on a des difficultes a etre daccord la-dessus. Mais cest vrai que cest difficile : la troisieme annee est un passage ; vous avez formalise des choses, vous avez investi une demarche, et avez a proposer un semblant, presque une exposition. Cest le demarrage dun positionnement. Ca sert a ca, la troisieme annee, se positionner, trouver des fils conducteurs qui se mettent en place a partir de cette annee-la, quil va falloir affirmer par la suite.

Pensez-vous quil peut etre benefique pour les etudiants de changer decole au cours de leur cursus ? Cela peut-il les aider a prendre leur autonomie, a trouver leurs reperes independamment dune structure ?
Cest pas le fait de changer decole puisquils peuvent retourner dans une autre structure aussi confortable que la precedente. Non, ce nest pas changer decole, car toutes les ecoles se ressemblent. Si certains se positionnent dans des villes, cest par rapport a lenvironnement culturel local. Il y a des etudiants qui peuvent etre interesses par Grenoble, parce quil y a lecole du Magasin, il y a des grandes expositions qui se font, cest integre au centre dart, il y a des choses comme ca qui peuvent se faire.
Par contre, pour repondre a la question sur lenseignement des arts plastiques, je pense que cest une question qui sera permanente : ca doit se requestionner en permanence. Or dans les structures, lenseignement est souvent fige. On adopte un systeme et on pense que cest bien, mais ca ne peut pas letre : ca ne peut etre quen perpetuelle evolution. Et surtout pas un retour comme ca se passe quelques fois.

Pensez-vous quun etudiant qui prepare le DNSEP, en cinquieme annee, a suffisamment de bagage pour etre pret a avoir une activite artistique ?
Je pense quil y a des etudiants qui sont suffisamment prets, mais tres peu en fait. Il leur manque le rapport au milieu exterieur. Et aussi lautonomie, cest-a-dire, comment on fait un projet, comment on se gere dans une activite qui prend place dans la societe actuelle. Parfois les propos sont decales. Bien sur ils sont interessants a linterieur dune ecole mais ils ne sont pas suffisamment autonomes.

Et vous pensez que cette autonomie peut etre enseignee a lecole, quon peut former les etudiants a savoir gerer sa petite entreprise ?
Je pense, oui, si on lui laisse gerer cette autonomie. On a essaye de le faire dans une ecole dart, mais en ce moment il y a un petit retour de baton donc cest pas toujours ce qui se passe reellement. Je pense que les intentions sont bonnes, mais ce qui se passe reellement, cest pas tout a fait ca.

Moi je le vois bien parce que je fais les premiere annees, deuxieme annees, troisieme annees, quatrieme annees je trouve que ca manque dans la mesure ou il y a des difficultes par exemple il y a des etudiants qui partent, qui sont assez curieux, qui se donnent des ouvertures, et ca pose un probleme a lecole. Et ca je trouve que ce nest pas normal.

Par exemple, toi, tu as passe presque un an en Russie, et a cree un rapport a un milieu qui a participe a ta demarche. Pour tavoir soutenu dans ce projet, je suis tres critique au sein de lecole. Contrairement a une production tres traditionnelle qui doit se montrer, se faire, se mettre en forme. Et ca je trouve que cest dommage.
Les professeurs ne sont pas prets a accepter une independance par rapport a lecole
Pas tous, non. Il y a des tension, ce qui est assez normal. Mais ce qui est plutot encourageant, cest quil y a une volonte de changer : ces tensions peuvent etre positives, a la fin, parce quil y a des debats, des choses qui se mettent en place.
Et cest en apportant du materiel nouveau, en faisant intervenir des professionnels du milieu quon peut instaurer ce renouvellement permanent ?
Je nai pas de solutions on en a discute, on a essaye de faire changer les choses, mais qui finalement ne changeaient quen apparence. Depuis tres longtemps rien na change. Par exemple depuis que tu es entree a lecole, il y a quatre ans, pas grand chose na change dans lenseignement, dans la maniere de voir les choses,

Oui, dans la maniere de voir, devaluer le travail
Levaluation ne se fait plus, ou elle se fait dune maniere formelle. Pour levaluation, on vous demande de faire un accrochage : tu passes une demie heure devant un jury avec lequel tu na jamais travaille. Cest amateur. Je pense quen quatrieme et cinquieme annee, il faudrait se pencher sur une attitude beaucoup plus professionnelle, meme dans les comportements a linterieur de lecole.
Ca cest quelque chose que je dis souvent : en premiere annee, vous etes nombreux ; il faut faire des bilans, bien sur, afin de comptabiliser laspect administratif, mais au niveau du sens, je trouve que cest tres nuisible. Il faut etre exigeant quand on montre quelque chose.

Quest-ce qui serait ideal, alors ? Seraient-ce des ecoles avec moins detudiants, avec plus de personnel encadrant ?
Le fait detre nombreux permet aussi des echanges. Ce quil y a, cest que dans une ecole dart, tout le monde peut apprecier ou deprecier le travail de quelquun. Pour les bilans, par exemple, on pourrait solliciter trois ou quatre profs seulement, qui ne soient pas forcement dans le champ de letudiant, mais qui passent plus de temps avec lui, plutot quun jugement collectif, qui ne lest pas en realite.

Donc vous pensez quil serait plus judicieux dinstaurer un suivi plus personnalise, avec un professeur privilegie ?
Oui, mais avec des rencontres avec les autres professeurs mais qui soient plus dans le champ de travail de letudiant. Il y a par exemple des professeurs dont les preoccupations, la position dans leur propre pratique, sopposent carrement a celles des etudiants quils jugent, et ca cest nuisible et destructeur. Et ca arrive.

Oui, car les professeurs ont aussi une activite artistique en parallele.
En principe, oui.

Je crois quen quatrieme-cinquieme annee, ca pourrait se passer de maniere plus precise. Ce nest pas un enseignement general.
Quoique vous puissiez choisir les professeurs avec lesquels vous voulez travailler.

A partir de la quatrieme annee, on peut choisir les professeurs qui nous suivrons, avec lesquels on a le plus daffinites.
Oui et je crois que cest important.

Donc lenseignement a change ; il est moins traditionnel quauparavant ; il sest ouvert.

Jai donc organise cette annee encore latelier de recherche et de creation portant sur le theme du deplacement, qui est une formule permettant aux etudiants detre autonome et delargir leur conscience des pratiques artistiques.

Cet atelier cest donner envie aux etudiants daller voir ailleurs..
Effectivement. Il y a deux parties dans latelier : dabord avec Pierre Lafon, il y a le projet sur la rigole dHilvern, qui est un projet a longue echeance. Lautre projet etait daller a Glasgow, voir ce qui se passe au niveau des arts plastiques la-bas. Mais Pierre Lafon refuse de conduire le petit car detudiants a gauche, donc on ne peut pas y aller. Alors on est alles a Bilbao, en Espagne, dont on connait bien le terrain, la situation, les gens, la ville, les zones intermediaires, cest tout un rapport a lespace qui est interessant. Ce qui ma interesse cest de deplacer les etudiants de maniere tres rapide : il y a une journee de voyage, deux jours sur place et une autre journee pour le retour. Je souhaitais donc que la chose brutale se traduise par une action de leur part. Agir dune maniere tres rapide. On part avec une idee de projet, quon materialise tres rapidement. Mon propos etait donc de voir comment il y a un rapport au reel en deplacement qui seffectue de maniere tres brutale ; quel sens ca a ? Ensuite on etudie comment, quinze jours apres, ca peut etre traduit, quelle materialisation plastique on donne a laction. Parce quon a souvent dans cet atelier une participation interessante, mais qui ne materialise pas forcement. La question est de savoir quest-ce quon fait de ce deplacement, de cette demarche.

Et vous cest comme ca que vous travaillez dans votre pratique artistique.
Oui, cest pour ca. Je pense que je vais essayer de remettre ca en place lannee prochaine. Aller brutalement dans des espaces que lon ne connait pas, et voir ce quon en tire ensuite.

Moi je pratique comme ca, je me sens a laise la-dedans, cest quelque chose qui minteresse, donc peut-etre que je peux accompagner des etudiants dans des experiences de cet ordre-la.


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